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Superbes « poupées persanes » au théâtre des béliers parisiens

Yeki boud, Yeki naboud. C’est ainsi que l’on commence les histoires en Iran, c’est notre « il était une fois » à nous – Les Poupées Persanes

Dans les années 1970 à Téhéran, deux couples d’étudiants assistent à la chute du régime au profit d’un nouveau régime islamique. En même temps, à l’aube de l’an 2000, deux soeurs et leur mère célibataire découvrent leur chalet à Avoriaz, laissant quelques secrets de famille remonter à la surface. Les poupées persanes est une pièce actuelle, forte et touchante comme on les aime ; une pièce qui rappelle que la puissance du théâtre est aussi de mettre en lumière une époque, qui est aussi la nôtre. Touchée!

Les Poupées persanes, ou les révolutions iraniennes du coeur et de l’esprit

Il y a dans « Les Poupées Persanes » toute l’énergie, la fureur et l’envie d’un monde meilleur des révolutions. Quelles soient politiques, sociales, ou même amoureuses, toute la pièce évoque ces moments clés où la vie peut prendre une dimension nouvelle. Pour le meilleur comme le pire. 

Ces poupées persanes sont comme les poupées russes : une multiplicité de personnages dans un seul et même corps. C’est d’ailleurs toute l’inventivité de la mise en scène, portée par 4 comédiens qui interprètent, sur plusieurs générations, tous les personnages, des principaux aux plus secondaires. Il y a les étudiants des années 1970, les représentants du nouvel ordre autoritaire iranien, il y a les révolutionnaires, les passeurs, les jeunes en boîte de nuit à l’aube de l’an 2000, le patron amoureux de sa secrétaire et cette secrétaire venue d’un ailleurs qui semble lointain. Il y a aussi ces secrets de famille qui se transportent de génération en génération, jusqu’à un jour, avec une lettre, revenir sur le devant de la scène.

 

Il y a dans les Poupées persanes autant de rires que de larmes, une subtilité légère et émouvante, portée par l’écriture fine d’Aïda Asgharzadeh (autrice de La Main de Leïla) qui détoure avec talent les douleurs de l’exil, la filiation des secrets et les turpitudes de l’amour. En prenant appui sur les contes du poète Ferdowsi et sur l’histoire de Bijan et Manijeh (issus de familles ennemies réunis par la passion), l’autrice permet une réécriture d’une histoire qui transcende les époques et les générations. 

Portée par un casting en parfaite osmose (on retrouve d’ailleurs la troupe de la Main de Leïla, avec toujours la fureur de vivre de Kamel Iskar et la poésie d’Azize Kabouche), la mise en scène de Régis Vallée ne souffre d’aucune imprécision, que cela soit dans les décors mobiles utilisés avec une grande créativité, ou dans les costumes qui permettent aux comédiens de changer de peau et d’époque en un clin d’oeil. 

Dans l’époque si spéciale que nous traversons en observant une nouvelle révolution féministe en Iran, les poupées persanes est pièce à la fois émouvante, drôle et indispensable pour comprendre les troubles de notre temps. Une parfaite réussite !

 

Avis : ★★★★

Les Poupées Persanes, au théâtre des Béliers

Jusqu’au 14 décembre 2022

 

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La Main de Leïla, d’Aïda Asgharzadeh et de Kamel Isker

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