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Angels in America au Théâtre de l’Aquarium, « fantaisie gay sur thèmes nationaux »

Je suis pathologiquement attaché à la vie. Il se peut que nous soyons tous…des drogués de la vie… » Prior, Angels in America

 

Le Sida a longtemps été un sujet tabou et il faut des œuvres comme Angels in America ou plus récemment 120 battements par minute au cinéma, pour lever le voile sur cette maladie et ses conséquences sociales, politiques et humaines. L’auteur, Tony Kushner (qui a obtenu le prix Pulitzer pour cette pièce en 1993), et celle qui s’approprie cette œuvre au Théâtre de l’Aquarium, Aurélie Van Den Daele, proposent cette fresque dérangeante d’une Amérique en proie à ses démons. Racisme, intolérance ou maladie s’entremêlent pendant 4h30 pour interroger l’insoutenable angoisse très actuelle de la multiplicité des identités.

Angels in America, transgresser le conformisme

 

La pièce s’ouvre dans le New York de Ronald Reagan, à une époque où ni l’homosexualité ni le Sida sont des sujets abordables en société. D’un côté, Joe (superbe Pascal Neyron) et Harper (Emilie Cazenave), couple de Mormons républicains, l’un homosexuel refoulé, l’autre accro au Valium. De l’autre, Prior (Alexandre le Nour) et Louis (Grégory Fernandez), qui s’aiment mais que le Sida vient séparer. Et parmi eux, Bélize (flamboyant Sidney Ali Mehelle), infirmier afro et ancienne drag-queen ou Roy (Antoine Caubet) avocat d’affaires crapuleux prêt à tout pour rester au sommet. Et des rabbins (Julie Le Lagadec), médecins, mormons et des anges (Marie Quiquempois). Tous s’aiment, se déchirent et tentent de se trouver une place dans cette Nation qui découvre l’horreur de la maladie.

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Photo Marjolaine Moulin

 

Mais les personnages se battent surtout contre le conformisme puritain américain. Tous mis dans des cases, du plus traditionnel (mormon) au plus excentrique (drag-queen afro), ils tentent de d’échapper à ces limites dans lesquelles ils se sentent parfois à l’étroit. Tétanisés par l’avenir, coincés par le passé, abandonnés par Dieu, il faut alors toutes les prouesses de l’imagination pour trouver une libération. Et ces mondes que l’on veut si cloisonnés se révèlent bien plus poreux et fantasmagoriques que prévu.

La mise en scène d’Angels in America particulièrement soignée

 

Si le texte est puissant, la distribution particulièrement bien choisie (et rend les personnages si attachants!), la scénographie est quant à elle absolument bluffante. La scène est divisée en deux espaces distincts mais complémentaires : l’un ouvert, aux limites floues, l’autre cloisonné, aux parois transparentes étouffantes, comme un aquarium. Les personnes évoluent en parallèle, parfois en même temps, parfois avec quelques jours d’écart, mais alternant toujours entre cette case que l’on veut leur imposer, cette atmosphère de méfiance, renforcée par les intenses nuages de fumée tantôt oniriques, tantôt étouffants.
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Photo Marjolaine Moulin

Créé par le Deug Doen Group, ce mariage des sons (largement pris chez David Bowie) et des lumières habille et déshabille, réconforte ou répugne, accompagne et renforce la douleur. La scénographie crée l’ambiance si spécifique d’Angels in America. L’imagination prend aussi le pouvoir côté spectateur : rien n’est évident, tout est suggéré (la neige par exemple, est faite de balles de ping-pong). Les créations scéniques portent avec brio les non-dits de la pièce, ceux qui font les ruptures identitaires et la création de ce nouveau monde émergent, notre mon actuel.

 Angels in America, 4H30 pour plusieurs vies

 

Il y a dans cet Angels in America au théâtre de l’Aquarium une forme terriblement dense de vie. 4h30 pour plusieurs vies, celle que l’on perd, celle que l’on redécouvre et celle que l’on décide de fuir, par convenance et par lâcheté. C’est long 4h30 et pourtant c’est si court, les deux parties de la pièce s’enchaînent vite. Il y aurait peut-être une demi-heure de trop, notamment parce que j’ai été moins sensible à la quête onirique portée par certains personnages, préférant y voir le pragmatisme de l’hallucination. Ces Anges, ce sont peut-être tout simplement ces individus aux sexes interchangeables selon les convenances, femmes et hommes à la fois, agonisant par la maladie mais vivant par l’amour qu’ils portent à leur prochain.
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15 novembre 2017

Il y a définitivement dans cette mise en scène intelligente et profonde d’Angels in America une forme puissante de vie, celle qui triomphe du Sida et de la mort, celle qu’on retrouve chez Act Up (dont la banderole n’est pas innocemment posée dans le hall du théâtre de l’Aquarium) et qui met à la fois un coup de poing dans le ventre et du baume au cœur. Ne ratez pas Angels in America !

 

Avis : ★★

 

Angels in America, jusqu’au 10 décembre 2017, Théâtre de l’Aquarium, Paris 12eme
Les jeudis : en alternance partie 1 ou partie 2 , vendredi intégrale à 19h, samedi et dimanche : intégrale à 16h

 

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