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« Rouge » is the new black au Théâtre Montparnasse

« Il y a une tragédie dans chaque coup de pinceau » – Rouge

 

Rouge (ou « Red » en anglais) est une pièce très populaire aux Etats-Unis (6 Tony Awards) qui arrive à Paris, portée par un Niels Arestrup et Alexis Moncorgé dans un duo en pleine crise existentielle et artistique. Et ça fonctionne bien !

Rouge, un dialogue tiré au cordeau

La pièce a la forme d’un huis clos. Pendant près d’1h30, le spectateur assise en secret à un dialogue étalé sur plusieurs années entre le peintre Mark Rothko et son assistant Ken. Chargé de l’aider au quotidien en préparant les mélanges de peinture, les toiles, les chassis, l’assistant devient au fil du temps celui qui contredit le maître, le pousse dans ses retranchements, ses contradictions et ses hypocrisies. Rouge, c’est donc avant tout une pièce sur les paradoxes de l’art et de ses artistes. 

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Incarné par un Niels Arestrup très impressionnant dans ce rôle qui semble lui coller à la peau, on découvre ainsi un Rothko colérique, exigeant, paradoxal mais aussi entier et tourmenté. Pour un artiste qui a toujours voulu que la toile saigne, qu’elle dégage quelque chose de presque corporel, voir son art rendu tendance devant le tout New-York, couru par les bourgeois et accroché sans grande recherche esthétique dans les restaurants les plus chers de la ville, le paradoxe saute aux yeux. Comment être différent, revendiquer une contre-culture, un message existentiel, presque politique, quand on est devenu mercantile ? L’argent dans l’art est-il la fin de l’art lui-même ? 

Si la pièce met un peu de temps à commencer (et Alexis Moncorgé qui se révèle excellent dans la deuxième partie, l’est beaucoup moins en jeune peintre peu sûr de lui) et si la traduction est peut-être un peu bavarde, la pièce a des qualités indéniables. La scénographie, quoiqu’étouffante, rend service à cette histoire de peinture perdue à la fois dans sa complexité, dans son monde peu ouvert à l’extérieur et très cérébral. Niels Arestrup crève les planches et porte sur ses épaules l’ensemble de cette mise en scène. Le tout forme in fine un spectacle puissant, intellectuellement stimulant, devenant une belle ode à la peinture, et à la profondeur de la création artistique. Un beau moment.

 

Avis : ★★★★

Rouge de John Logan, version française de Jean-Marie Besset, mise en scène de Jérémie Lippmann

Jusqu’au 15 décembre, théâtre de Montparnasse

 

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