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Un Quatrième Mur complexe au Théâtre Paris-Villette

« Après avoir épuisé nos certitudes, nous étions orphelins d’idéologie. Et je savais que les lendemains chanteraient sans nous. » Le Quatrième Mur, Sorj Chalandon

Avec une oeuvre qui parle autant de théâtre, ça n’est pas une grande surprise que de voir Le Quatrième Mur de Sorj Chalandon sur les planches. La compagnie des Asphodèles avait déjà tenté et réussi l’aventure à Avignon l’année dernière (ma critique ici), c’est donc au tour de Julien Bouffier de s’emparer de ce livre. Une création intéressante mais qui ne m’a pas totalement convaincue.

 

Un Quatrième Mur très numérique

 

Le dispositif scénique a de quoi impressionner dès les premières minutes car le « quatrième mur » ne sera que symbolique dans cette pièce. Un grand écran accompagnera les comédiens tout au long de la représentation, diffusant des scènes de guerre au Liban au plein coeur de Paris. Particulièrement travaillée, la mise en scène permet aux comédiens, et notamment à la comédienne principale, d’évoluer en superposition de scènes bien réelles. Entre le documentaire et le théâtre, la ligne est très fine et Julien Bouffier propose un mélange des genres particulièrement intéressant. 

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Il y a dans cette mise en scène une réflexion réelle et complexe du quatrième mur au théâtre. Est-il ce qui éloigne le public ou ce qui le rapproche de l’histoire ? Est-il ce qui met de la distance ou ce qui permet une immersion totale au coeur de l’action ? 

La première partie est plutôt ce qui tente de plonger en pleine immersion, au coeur du Liban. Si la scène d’ouverture fonctionne assez mal (elle est trop rapide, trop in media res pour embarquer), on a paradoxalement du mal à rentrer dans l’histoire. Les coupes qui ont été réalisées dans l’histoire manque d’explications et la trame narrative est difficile à suivre. Le théâtre devient pure exposition de faits et non plus quête émotive vers quelque chose de plus grand. C’est dommage. Et les comédiens appareillés de micro renforce cette distance. 

La deuxième partie en revanche fait tomber cet écran qui embarque autant qu’il parasite parfois. L’action n’en est que plus forte, aussi parce que le spectateur a été préparé à voir ce qu’il s’apprête à regarder. L’horreur, la guerre, la douleur… En tentant de montrer ce qu’un être humain ne peut accepter de voir, en montrant bien la douleur d’un retour à la vie normale d’un occidental privilégié, la mise en scène de Julien Bouffier prend aux tripes et provoque son lot de frissons dans le dos. Mention spéciale pour ce tableau de fin absolument magnifique. 

 

Ce Quatrième Mur est donc complexe car construit à partir d’une envie plus documentaire que narrative. En ayant encore en tête la version des Asphodèles, j’ai eu un peu de mal à rentrer dedans mais la pièce est intelligemment construite, bien interprétée et a le mérite de poser frontalement des questions fortes avec une scénographie travaillée et originale. A découvrir pour ceux qui ont le coeur bien accroché !

 

Avis : ★★★

Le Quatrième Mur, mise en scène Julien Bouffier, d’après le roman de Sorj Chalandon

Du 9 au 26 mai, Théâtre Paris-Villette

 

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