On ne présente plus l’amour de Fabrice Luchini pour la littérature française. Dans Conversation autour des portraits et auto-portraits, Fabrice Luchini propose dans une mise en scène classique une interprétation forte d’oeuvres de Rimbaud, Jean Cau, Philippe Lançon ou encore Philippe Muray. Peut-être son spectacle le plus littéraire.
Fabrice Luchini dans Conversation autour des portraits et auto-portraits
Faut-il avoir fait une (ou plusieurs) khâgne pour écouter Fabrice Luchini ? Soyons honnête : Conversation autour des portraits et auto-portraits est peut-être le spectacle le plus complexe de l’acteur. Au travers de texte parfois oubliés (les portraits de Gaston Gallimard de Jean Cau), complexes (les poésies sur Verlaine de Rimbaud) ou encore durs (les descriptions de Philippe Lançon après les attentats de Charlie Hebdo), Luchini alterne entre langue complexe et langage courant (les textes de Murray).
La scène est quasi la même que celle des Écrivains parlent d’agent : un grand canapé, une petite table et un texte. Parce que Luchini a beau connaître ces mots par coeur, son exercice de mise en avant des textes est avant tout un exercice fort de lecture. En rendant son sens aux mots, en faisant tinter leurs sons, leurs sens et leur histoire, il se fait, une fois de plus, l’apôtre de notre littérature.
Il faut parfois s’accrocher (notamment avec les textes de Jean Cau) mais Fabrice Luchini prend un malin plaisir à y aller crescendo et se fait parfois l’interprète d’un sens complexe. Toujours avec sérieux, mais jamais sans se prendre au sérieux. Et pour la première, l’artiste n’a pas boudé son plaisir, se lançant dans un bis jubilatoire — on a largement entendu la salle réclamer une fois de plus de Jean de la Fontaine.
Luchini est ainsi fidèle à lui-même : fin, drôle, jubilatoire, et toujours aussi amoureux des mots des autres. Toujours aussi fascinant !
Avis : ★★★★
Fabrice Luchini, conversation autour de portraits et auto-portraits
Théâtre Marigny, jusqu’au 12 mars 2020
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