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« Dupond-Moretti à la barre », mais pas au théâtre

Ce qui est certain, c’est qu’Eric Dupond-Moretti « a plein de choses à dire ». En faisant le choix du théâtre avec Eric Dupond-Moretti à la barre, le célèbre avocat pénaliste se lance dans une aventure complexe qui déçoit autant dans sa forme, que dans son fond. Un coup d’épée dans l’eau pour cet orateur dont on attendait plus.

Eric Dupond-Moretti à la barre, mi-théâtre, mi-conférence, mitigé

Après Justice de Salomé Lelouch et  les Plaidories de Richard Berry, c’est au tour d’Eric Dupond-Moretti, qu’on ne présente plus, de s’attaquer aux thématiques judiciaires dans Eric Dupond-Moretti à la barre, seul-en-scène présenté comme un instant où l’avocat présente « ses vérités » et mis en scène par Philippe Lelouche. Sur une scène dépouillée avec un porte-manteau dont l’ombre forme un gouvernail sur lequel pend nonchalamment une robe d’avocat, seule la barre rappelle le tribunal qui est son terrain de jeu favori. On sait déjà qui sera capitaine. Dupond-Moretti arrive alors sur scène et récite son histoire. Comment l’affaire Ranucci l’a convaincu de se lancer dans le droit, la mort de ses parents, ses origines italiennes, avant de se lancer dans une réflexion sur les moeurs et le temps.

C’est tout le problème de cette pièce qui oscille entre théâtre et conférence. Un air de piano niais pour illustrer la fausse intensité d’un récit douloureux, des noirs resserrés pour passer d’une scène à une autre à défaut d’avoir une transition, le tout avec un jeu d’acteur tout à fait critiquable. C’est le grand apprentissage de cette pièce : maîtriser l’art oratoire ne fait pas de vous un bon comédien. Quand Dupond-Moretti raconte, c’est long, c’est fade. On se l’imagine sincère, mais la mayonnaise ne prend pas (« j’allais pas pécho en te-boi » C’est non.) Quand Dupond-Moretti revient à ce qu’il maîtrise, à savoir des analyses sociétales sur le rôle de la justice, l’impact des médias, on retrouve l’homme à la langue bien pendue mais aux idées parfois un peu arrêtées.

Mettre sur le même plan un râteau au cours d’un slow dans une boum de collège et le harcèlement sexuel dont sont victimes les femmes de #MeToo est indigne d’un avocat comme Dupond-Moretti.

« La forme, c’est le fond qui remonte à la surface » – Victor Hugo

C’est que Dupond-Moretti à la barre frôle parfois, à grands coups de fausse provocation, avec cette image du vieil oncle un peu réac’ dont on ne sait pas quoi faire aux dîners de famille. Sous couvert de pointer du doigt cette société « où on ne peut plus rien dire », tout y passe : la parole donnée aux imbéciles sur les réseaux sociaux, le féminisme, la transparence, l’adultère. Ne manquent que les gilets jaunes pour que l’équation soit parfaite. Si certains points de vue soulèvent des questions intéressantes, ils sont hélas perdus dans une logorrhée faite pour amuser la foule de fans de l’avocat, plus que pour des spectateurs qui s’interrogent vraiment sur la Justice.

Alors est-ce que l’avocat joue ? Oui et non, c’est ce côté conférence. Dupond-Moretti a des opinions et il souhaitait les partager. Pourquoi le théâtre ? C’est la grande question. Il aurait pu écrire un livre, organiser une conférence, une master-class… Mais c’est sous la forme d’une pièce de théâtre (dont le texte est par ailleurs en vente à la sortie) qu’il décide de s’exprimer et c’est donc sous cette forme-là qu’il convient de le juger. 

Le texte, bien que ponctué de punchlines qui ravissent les fans, est faible ; la construction narrative est éparpillée. La mise en scène, elle, alterne moments clichés et roue libre totale d’un avocat qui brûle de tout, sauf les planches. Avec un paradoxe ultime : Dupond-Moretti critique la médiatisation de la justice, l’hyper-victimisation des victimes et le manque de rationalité des mouvements qui ne laissent pas de place aux contre-interrogatoires. Mais en interprétant sa plaidoirie pour défendre Abdelkader Merah lors de son procès, en robe, sans recontextualiser, le tout dans un théâtre et non pas un tribunal : n’est-ce pas là finalement une théâtralisation de justice qui vient dans sa forme contredire l’ensemble de ce qui a été exposé pendant 2 heures ? Nous attendons toujours la parole de la défense.

Est-ce que la Justice est un théâtre ? Dans sa forme, peut-être. Dans son fond, on ne l’espère pas. Mais quand ses acteurs décident de changer de scène, il y a un problème de genre. J’aurais préféré une réflexion sur l’art oratoire, sur l’intensité des procès et les enjeux rencontrés par un avocat, plutôt qu’une diatribe contre une époque dont manifestement, l’avocat regrette l’émergence. La prochaine fois, Maître Dupond-Moretti pourra écrire une biographie, on s’en contentera très volontiers.

Avis : 

Dupond-Moretti à la barre, Théâtre de la Madeleine, jusqu’au 24 février

 

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