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Avis de Tempête cérébrale à la Comédie-Française

Nous sommes de l’étoffe dont sont faits les rêves, et notre petite vie est entourée d’un sommeil – La Tempête

 

Sur un décor quasi-hospitalier, Robert Carsen embarque la troupe de le Comédie-Française dans une version très cérébrale de la Tempête de Shakespeare. Un contre-pied un peu déroutant mais qui fonctionne bien. Ou quand les couleurs que l’on imagine vives de l’onirisme shakespearien deviennent d’un coup un maillage en noir et blanc presque freudien. Bienvenue dans cette Tempête « sous un crâne ».

Une Tempête sous un crâne

Il suffit que le rideau se lève pour savoir que cette version de Robert Carsen ne sera pas comme les autres. Les décors et les costumes sont si blancs et accompagnés d’une lumière si dure que l’on croirait presque assister à un film en noir et blanc. Prespero (Michel Vuillermoz), duc de Milan déchu et exilé par son frère Antonio (Serge Bagdassarian) se retrouve avec sa fille Miranda sur une île déserte. Magicien, il maîtrise les éléments naturels et les esprits, notamment Ariel (incroyable et aérien Christophe Montenez) et Caliban (terrestre et cynique Stéphane Varupenne). Provoquant le navire du roi de Naples, Prospero fait subir au roi, son fils Ferdinand ainsi qu’à Antonio différentes épreuves initiatiques.

 

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La lecture proposée par Robert Carsen est éminemment cérébrale. La tempête est ici moins des torrents de vagues que des avalanches d’émotions et de pensées. Michel Vuillermoz interprète à cet égard un Prospero en retrait car torturé. L’île n’est alors rien de moins qu’un véritable palais mental dans lequel évoluent des pensées et des rancœurs. Cette Tempête, c’est surtout l’illustration de conflits intérieurs et de paradoxes.

Une scénographie particulièrement belle

Et pour faire vivre ce palais mental aux frontières mouvantes, Robert Carsen s’est appuyé sur un savant jeu de lumières. La sobriété de ces murs blancs, presque cliniques, permettent à un magnifique jeu de clair-obscur d’appuyer chaque situation. Que j’ai aimé ce travail d’orfèvre de la lumière, qui renforce l’aspect cauchemardesque et donc intimement cérébral de cette pièce! Une création signée Robert Carsen et Peter Van Praet.

 

La Tempête de Shakespeare; avec Thierry Hancisse (Alonso) Serge Bagdassarian (Antonio) Benjamin Lavernhe (Sebastian) Christophe Montenez (Ariel)

Et comment évoluent les comédiens dans cette construction mentale ? Plutôt bien ! Si l’on commence à avoir l’habitude de Loïc Corbery en jeune premier amoureux (mais ce rôle lui va toujours aussi bien), il se dégage une vraie candeur et une vraie grâce dans le jeu de Georgia Scalliet. On a connu Serge Bagdassarian, Benjamin Lavernhe et Michel Vuillermoz dans des rôles plus engageants, plus physiques, mais cette forme de retenue, quoique parfois un peu éteinte, sied plutôt bien à la mise en scène. Mon coup de cœur restera néanmoins Christophe Montenez qui, en Ariel, semble venu d’un autre monde. Mi-ange, mi-démon, esprit libre d’outre-tombe, il réussit à merveille une incarnation des pensées paradoxales de son maître. Des moments de légèreté réussis sont offerts par Stéphane Varupenne, Hervé Pierre et Jérôme Pouly. Comme des instants de respiration dans la houle.

Cette Tempête n’est pas une tempête ordinaire. Un peu difficile d’accès, elle surprend, perd facilement les spectateurs et nécessite, comme toute île mystérieuse, un vrai moment d’acclimatation. Peut-on apprécier une pièce 10 jours après l’avoir vue plus qu’en sortant du théâtre ? Ce fut mon cas. Troublant, mais fascinant !

 

Avis : ★★★

La Tempête, mise en scène de Robert Carsen, Comédie-Française, jusqu’au 21 mai 2018

 

Mes autres critiques :

Pièces de la Comédie Française

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